: : L’Université de Douala fête ses Agrégés CAMES.

Le Pr. Bruno Bekolo Ebé, en sa double qualité de Recteur de l’Université de Douala et de Président de la Société Camerounaise des Agrégés (SCA), a présidé le mardi 21 février 2012, à l’amphithéâtre Georges Walter Ngango du Campus II à Ndogbong, la cérémonie d’adoubement des trois Enseignants de l’Institution crées Agrégés au 15è concours d’agrégation du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) qui s’est déroulé à Abidjan en Côte d’Ivoire du 10 au 22 novembre 2011. Il s’agit des Pr. NKALEU Raphaël et NGANTCHOU Alexis dans la section Sciences de Gestion et du Pr. TAMOKWE PIAPTIE Georges Bertrand dans la section Sciences économiques.

 

- Mme et Mm. Les vice-recteurs,

- M. le Secrétaire général,

- Mme le Conseiller technique,

- Mmes et Mm. Les doyens et directeurs des grandes écoles,

- Mmes et Mm. Les directeurs et responsables des services centraux,

- Mm. Les représentants des milieux professionnels,

- Chers collègues professeurs et maîtres de l’université,

- Chers collègues enseignants,

- Mm. Les délégués des personnels d’appui,

- Chers étudiants.

- Chers invités,

Il m’est particulièrement agréable d’avoir à présider ce jour et dans cet Amphithéâtre Georges Ngango, cette cérémonie que l’Université de Douala organise pour célébrer ses lauréats au concours d’Agrégation.

En effet, à l’occasion du 15ème concours d’agrégation des Sciences Juridiques et Politiques, des Sciences Economiques et de Gestion, organisé à Abidjan du 10 au 22 novembre 2011, l’Université de Douala a vu trois de ses candidats créés Agrégés. Il s’agit en l’occurrence

- du Pr. TAMOKWE PIAPTIE Georges B, créé Agrégé en Sciences Economiques,

- du Pr. NGANTCHOU Alexis, créé Agrégé en Sciences de Gestion,

- du Pr. NKANLEU Raphaël, créé Agrégé en Sciences de Gestion.

Notre Université a toutes les raisons de se réjouir et de fêter cet évènement. Elle doit le faire en raison du fait que par ce succès, elle enregistre un palmarès brillant, puisque sur 9 candidats présentés, 3 sont reçus, ce qui nous situe au peloton de tête des universités ayant présenté des candidats à ce concours.

Mais au-delà du succès personnel de ces trois lauréats, nous devons nous féliciter qu’à l’occasion, notre politique de formation des formateurs manifeste encore sa pertinence et justifie la vision que nous avons qu’un pôle universitaire d’excellence à Douala doit être fondé sur une ressource humaine de qualité. Et celle-ci doit constituer une masse critique que seule une politique de formation des formateurs peut garantir. Se trouvent aussi justifiés tous les sacrifices et efforts matériels et financiers que nous y consacrons et dont je dois confirmer ici qu’ils continueront à l’être et même seront amplifiés, en dépit des contraintes budgétaires.

L’Université de Douala doit d’autant plus se réjouir et mettre en valeur la pertinence de sa politique de formation des formateurs, que, s’agissant du concours d’agrégation, elle ne concerne pas seulement nos jeunes collègues de Douala, mais bien plus,  s’étend à l’ensemble des jeunes collègues des autres universités du Cameroun et de la sous-région CEMAC.

Les sessions de préparation du concours organisées par notre Centre de Préparation accueillent en effet, outre nos candidats, ceux des autres universités du Cameroun et des pays de la CEMAC. C’est donc en toute légitimité que nous pouvons revendiquer les succès des candidats de ces universités qui, d’ailleurs ne se privent pas de se réclamer haut et fort de notre Université, d’exprimer leur gratitude à ses responsables et d’apprécier la clairvoyance qui a conduit à la mise en place de cette politique de formation des formateurs.

Mesdames et Messieurs,

Chers Collègues,

La fête d’aujourd’hui célèbre le succès et la réussite de jeunes collègues qui savourent le couronnement de leurs efforts, et la fin heureuse d’un parcours particulièrement éprouvant. Le concours d’agrégation est en effet une épreuve d’ascension d’une montagne aux pentes vertigineuses et escarpées, où à chaque instant la dureté de l’épreuve vous mets au bord du découragement et où la tentation est forte d’abandonner la partie. Les choses sont d’autant plus dures que les jurys de préparation sont souvent d’une sévérité telle que le candidat a l’impression de ne rien savoir, tant les critiques aux leçons de préparation sont acerbes. Comment par exemple rebondir, lorsqu’après une leçon de 30 mn, débitée en 15 ou 20 mn, on a l’impression que le ressort est définitivement cassé et que l’on n’y arrivera pas. Rebondir est par ailleurs d’autant plus difficile que l’environnement, y compris au sein même de l’Université, vous amène à vous interroger sur le bien fondé de tant d’efforts.

Mais c’est le prix à payer pour que le parcours se conclue positivement. C’est ce prix que nos jeunes lauréats ont accepté de payer. Les leçons mal faites, les foudres subies du fait de réponses approximatives à des questions délibérément formulées sous forme de pièges, les nuits sans sommeil, les absences répétées et difficilement supportées tant par le candidat lui-même que par sa famille, et surtout par leurs jeunes épouses, tout cela ne les a pas découragés. Ils ont persévéré et tenu bon. C’est grâce à cette persévérance et à cette ténacité que nous devons cette belle fête qu’il nous offre et que l’Université est heureuse d’organiser pour eux.

Je voudrais en votre nom à tous, les féliciter chaleureusement pour ce brillant succès et les inviter à fêter et à se réjouir.

Soyons donc heureux avec eux. Célébrons-les et magnifions les efforts qu’ils ont consentis. Jeunes lauréats, réjouissez-vous et soyez heureux de votre succès. Soyez fiers d’avoir tenu l’exigence pour administrer à toute la communauté universitaire que l’effort soutenu et le travail bien fait sont toujours couronnés de succès.

Oui, la fête à ces jeunes lauréats est une occasion idoine pour faire comprendre à tous, et surtout à nos jeunes étudiants que seul le travail et l’effort sont payants, et que la tricherie et la fraude ne mènent nulle part. Nous célébrons donc en nos lauréats, l’exigence et la rigueur de l’effort qu’ils ont su s’imposer, en même temps que nous formulons le vœu que leur exemple serve de stimulant à d’autres collègues pour qu’ils empruntent la même voie qui mène au sommet de la carrière, celle de l’accès au magistère universitaire.

Je voudrais à cet effet exprimer tous nos encouragements à tous les autres candidats dont les efforts n’ont pu être couronnés de succès. Je souhaite qu’ils reprennent courage et se remettent au travail, et les assure de la sollicitude constante du Recteur, pour les aider à reprendre la préparation, en tirant les leçons de ce qui n’a pas permis que le résultat fût positif.

Mesdames et Messieurs,

En même temps que je les invite à la fête et à la célébration solennelle, je voudrais, comme le veut la règle, m’adresser aux lauréats du jour, en ma qualité d’autorité académique et surtout en ma posture d’aîné et de lointain prédécesseur, ayant été créé agrégé il y a plus de vingt ans.

Chers Collègues, Jeunes Maîtres de l’Université,

Aujourd’hui, l’Université de Douala vous adoube solennellement et vous remet à cet effet, la toge et l’épitoge qui sont le symbole de votre accession au magistère. En vous remettant ces attributs, l’Université vous reconnaît comme Maîtres et c’est comme tel que désormais, la communauté universitaire, et par delà elle, la société toute entière vous considérera.

Il s’agit là d’une consécration légitime dont vous devez être fiers, parce que c’est le couronnement de vos efforts et de l’acceptation de l’exigence. Soyez fiers et heureux de cette consécration solennelle. Mais surtout, et c’est le plus important, prenez conscience que c’est aussi une lourde charge et une responsabilité immense que vous portez désormais et que vous devez à tout instant assumer.

C’est une lourde responsabilité parce que les Maîtres que vous êtes désormais doivent d’abord se considérer comme des serviteurs, parce que le magistère est un sacerdoce particulièrement exigeant.

Vous devez d’abord être des serviteurs de la science. Or vous ne serez de bons serviteurs de la science que si vous avez l’humilité de la conscience forte que votre ignorance est immense. C’est notre Maître Georges NGANGO qui nous le répétait souvent : «  l’agrégation est le révélateur de l’immensité de notre ignorance ». Comme il aimait à le dire à l’occasion de nos succès, nous pensions qu’il jouait les rabat-joies. Mais l’expérience de la vie universitaire nous a appris à découvrir la profondeur de cet enseignement du Maître aux jeunes disciples que nous étions et qu’ils venaient d’amener au magistère. La profondeur de la leçon que j’en ai tirée m’amène à vous demander de la faire vôtre.

Cela signifie que conscients de ce que votre ignorance est grande, il vous faudra travailler encore plus que vous ne l’avez fait jusqu’à présent. Il faudra le faire parce que vos connaissances doivent toujours être en phase avec l’évolution de la Science Economique et la Science de Gestion. Il faudra le faire parce que votre position vous met en situation d’être interpellés à tout moment pour dire où est le chemin. Il faudra le faire, parce que comme Sisyphe, il faut toujours se remettre à l’ouvrage, parce que vous devez toujours enseigner l’orthodoxie de la science et éviter que votre enseignement ne soit source d’hérésie. Et vous devez d’autant plus le faire que vous êtes désormais les gardiens d’un temple où rôdent beaucoup d’imposteurs qui  parlent d’autant plus haut et fort qu’ils enseignent des hérésies et propagent un évangile scientifique apocryphe.

Du fait de votre magistère, vous devenez aussi responsables de vos jeunes collègues que vous devez donc encadrer. Vos Maîtres vous ont amené à l’épiscopat scientifique. Il vous incombe désormais la responsabilité de faire en sorte que les assistants et chargés de cours qui travaillent avec vous, puissent aussi, un jour, accéder au magistère grâce à votre encadrement.

Prenez garde d’oublier qu’il n’ya pas de Maître sans disciple. Ma fierté aujourd’hui, c’est de vous voir Agrégés, vous que j’ai eu comme étudiants, assistants, et que je suis fier et heureux d’appeler désormais « Cher Collègue » ou « Monsieur le Professeur ». Ce que j’ai fait pour vous, ce que vos Maîtres ont fait pour vous, faites le pour les autres. On est Maître parce qu’on a des disciples que l’on forme pour qu’ils viennent à votre niveau et puissent, le moment venu, vous dépasser et vous remplacer.

Jeunes Maîtres,

Le magistère vous donne le droit d’enseigner. Vous êtes désormais des évêques de la Science Economique et de la Science de Gestion. Comme dit Saint Paul que je paraphrase, prêchez la bonne parole de la science. Enseignez-la à temps et à contretemps, pour instruire le peuple des étudiants qui vous sont désormais confiés.

Exercez votre magistère qui vous donne le droit à la parole en enseignant et en disséminant auprès du peuple des étudiants le résultat de vos recherches scientifiques, conscient qu’on est Maître que parce qu’on est producteur et créateur de science.

Mon souhait est que votre fécondité scientifique fasse de l’Université de Douala un pôle rayonnant du savoir, où bouillonnent les idées, un lieu de vitalité intellectuelle, où les problèmes et questionnements de la Cité sont le sujet d’une réflexion dont la profondeur fonde la pertinence de l’analyse et la luminosité des solutions proposées.

Au-delà de votre magistère scientifique, soyez des modèles irréprochables que vos étudiants voudront imiter. Imposez-vous à eux par votre aura, votre rigueur morale, le respect sans concession que vous aurez pour l’éthique et la déontologie.

Vous devez d’autant plus vous imposer cette exigence que l’on observe une recrudescence à l’Université des comportements déviants, dont rend compte la forte croissance des cas de fraudes aux examens ou de fabrication de faux documents.

En vous posant en modèles, vous ferez certainement naître chez vos étudiants de nouvelles vocations pour ce sacerdoce qu’est l’enseignement, en empêchant d’y venir ces nombreux prétendants qui veulent y entrer par effraction.

Je me dois d’autant plus d’insister sur l’exigence éthique et le respect de la déontologie que les dérives ci-dessus évoquées posent la question des repères, non seulement pour la communauté universitaire, mais au-delà, pour toute la société. Votre comportement doit donc être en tout lieu et en tout temps exemplaire. Vous devez constamment faire preuve de probité intellectuelle et morale, vouer un véritable culte à l’exigence de vérité, ne jamais se départir du respect dû aux collègues, se garder de tout sectarisme ou de tout outrance verbale, sans concession et intransigeant contre la tricherie et le faux.

Vous devez être des modèles non seulement au sein du campus, mais aussi dans votre milieu social. Dites-vous qu’un agrégé doit toujours inspirer respect et admiration, parce que son humilité l’amène à rechercher toujours la vérité et à écouter l’autre en ne lui opposant que la force et la pertinence de l’argument, dit sans passion ni outrecuidance.

La société ne pourra jamais comprendre que votre science côtoie l’immoralité. Il vous incombe de donner à tout instant à la société, l’image de l’Université comme lieu d’excellence et d’exigence morale. Si vous veniez à faillir, prenez conscience de la responsabilité que vous aurez alors prise de ternir l’image de l’Université et d’affaiblir sa position de lieu où se forment les espérances dont le destin de notre pays dépend.

Jeunes Maîtres, Chers Collègues,

Voilà exprimé en quelques mots ce qu’est le magistère et surtout quelle est l’ampleur de la responsabilité qui lui est attachée. Montrez-vous à la hauteur et en capacité d’assumer cette responsabilité. Chaque fois que vous vous en montrerez dignes, vous permettrez que la fête de ce jour devienne une célébration de tous les instants, pour que vive l’Excellence Universitaire à Douala et que vive l’Université Camerounaise.

 

Merci pour votre aimable attention.